Ou comment je me suis retrouvée embarquée pour unne soirée en Australie sans quitter le nord de Londres.
"J'y vais, j'y vais pas" tel a été le leitmotiv de toute la journée de samedi. Puis mon best french buddy a lourdement insisté pour que j'aille voir les Little Red au Proud Camden, allant jusqu'à me menacer de ne pas "liker" mon statut facebook. "Je les ai vus à Paris il y a quelques jours, ce sont des bons gars qui finissent le concert sur le troittoir à boire des canettes de bières avant de rentrer à leur hôtel en vélib'. Vas-y je te dis sinon je like pas ton statut". Prise au piège d'un si odieux chantage, je suis montée dans le 27, direction Camden et sa faune de gens bourrés à toute heure du jour ou de la nuit, une sorte de Disneyland pour qui a arrêté de boire de l'eau.
Aller seule à un concert ne me dérange pas. Aller seule à un concert quand on arrive à 20h et qu'on constate une fois sur place que le groupe ne passe qu'à 23h, ça devient un peu plus embêtant. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pendant 3h... Boire. Obligé! Mais à £3,50 la 33cl de Fosters, j'ai vite constaté que je n'allais pas boire jusqu'à plus soif ce soir. Je me suis installée avec mon cher breuvage sur la terrasse du Proud Camden, entre le bar et le barbecue. Oui, ici, ils ont la bonne idée, en été, de faire des soirées barbecue. Les gens arrivent peu à peu. J'ai une grande table pour moi toute seule. Je tente quelques textos à quelques amis du coin, savoir s'ils ont prévu de venir. Seulement, demander à son ex-fuck friend qu'on a envoyé chier deux jours avant parce qu'on ne voulait pas devenir boyfriend/girlfriend ou à sa meilleure amie de venir, cela ne garantie pas du tout une venue rapide des dites-personnes. De là, je me dis qu'il est éventuellement temps d'agrandir mon cercle de connaissances londonniennes sous peine de mourir seule à une table digne de la Cène avec une bière trop chère et dans des odeurs de viande grillées, forcément dévorée par une meute de chiens affamés au petit matin comme dans Bridget Jones.
A la petite table à côté de moi se trouve une jeune fille accompagnée d'un jeune homme. Et alors que je me dis qu'ils ont bien de la chance d'être dans ce pays depuis longtemps pour connaître au moins UNE personne avec laquelle sortir, le garçon se lève pour aller chercher à boire et la jeune fille m'interpèle. "Est-ce que tu attends quelqu'un?" J'avoue que non. "Et bien, viens t'asseoir avec nous, tu ne vas pas rester toute seule. Little Red ne passe qu'à 23h". Magie d'un bar anglais où les gens sont sympa. Et voilà comment je me suis retrouvée plongée en Australie. Elissa (c'est son prénom) est originaire d'Australie, tout comme son ami et coloc. Ils viennent de Melbourne, tout comme les Little Red. Leurs autres colocs doivent arriver bientôt avec des amis, mais eux non plus ne sont pas sûrs de leur venue alors autant faire la fête à trois plutôt qu'à deux d'un côté et moi toute seule de l'autre me dit-elle. Logique. En trois heures, nous avons le temps de nous raconter nos vies, de se marrer, de parler du Tour de France, de vins français, du fait que mettre des glaçons dans du vin blanc c'est pécher, mais seulement s'il s'agit de vin français, de spécialités culinaires du sud ouest, de l'Australie et des Little Red. L'histoire de mon best french buddy à Paris discutant avec eux sur le trottoir éclusant un pack de bières avant de prendre un vélib' les fait beaucoup rire et ne les étonne pas. "Ils sont comme ça. Toujours cool". Les autres colocs finissent par arriver. Tout le monde trinque, parle, s'intéresse. Allons danser.
Enfin, le concert commence. Le DJ arrête ses platines et la house laisse place aux guitares, basse, batterie et clavier du groupe. Certains titres semblent tout droit sortis des 60s, avec leurs voix qui se mèlent, les guitares et le tambourin. D'autres nous renvoient au vieux rythm&blues, aux Temptations et à tout ce que la Motown a fait de mieux. D'autres encore ont l'énergie du punk mais sans l'agressivité. Les voix sont douces, harmonieuses mais claquent quand il faut. Les aficionados des Little Red, comme mes nouveaux amis de soirée, connaissent les titres par coeur. Elissa m'explique que tel ou tel est un tube en Australie, que celui-là est moins connu mais très bon quand même, et ainsi de suite. D'autres personnes, comme moi, sont là pour la première fois devant eux et apprécient leurs riffs. Attitute anglaise ou pas, il n'y a en effet pas une personne dans un coin les bras croisés, l'air dubitatif et attendant que ça se passe.
Une heure plus tard, les musiciens saluent la foule avant de se transformer en roadies et ramener leur matériel dans le camion qui attend plus bas. La house a repris ses droits. Des jeunes femmes burlesques investissent le lieu. Tandis que l'une fait de la balançoire au plafond vêtue telle Bettie Page pour le plus grand plaisir des messieurs présents, une autre se prépare à jongler avec du feu tandis qu'une troisième s'étire dans un cerceau (impressionnante de souplesse cette jeune femme). Le Proud Camden devient night club. "Tu nous suis au Ministry of Sound? Il y a Basement Jaxx". J'ai décliné l'invitation pourtant très tentante préférant rester sur mon impression des Little Red.
Tchumtchumtchubah