DSK: les femmes et la France

Publié le par live forever

L'affaire DSK est pire qu'un choc, pire qu'un coup de poing. Tout d'abord, il y a l'incrédulité face à la nouvelle. "DSK arrêté à bord d'un avion Air France pour être entendu dans une affaire de viol? Impossible", et ce fut ma première réaction. Puis le traumatisme des photos et vidéos qui s'enchainent partout, sur tous les supports. DSK sortant de chez les flics, menottes aux poignets, puis dans un tribunal à New York, mal rasé, regard tombant, vide, fixe. Ici et là, sur Twitter, Facebook, tout le monde compare la scène à un épisode de New York, section criminelle. Sauf que les inspecteurs Goren et Logan n'ont rien de sympathique cette fois. Ils sont réels. Tout est réel. Jusqu'à l'enfermement à Rikers, prison bien connue des fans de NYC district, puisqu'il s'agit de la pire des prisons du coin, le procureur McCoy menaçant régulièrement les accusés de les y laisser s'ils n'acceptaient pas un accord. Certes, il y a aussi Sing Sing, qui n'a pas l'air mieux. La théorie du complot fait aussi rapidement surface. Patron du FMI qui tombe ainsi alors que les américains et les russes ne le portent pas vraiment dans leurs coeurs car il privilégie beaucoup les pays européens; mais aussi futur candidat à la présidence de la république française, donné gagnant aux primaires du PS, et, d'après les sondages, serait le seul capable de mettre à terre Sarkozy dans les urnes et lors des débats. Cela fait en effet beaucoup d'ennemis ou de personnes qu'il dérange.

Mais l'incrédulité laisse place à l'écoeurement. Le porte-parole de la police parle de preuves ADN évidentes, l'emploi du temps est décortiqué, on avance des griffures sur le torse, des détails crus, qu'on ne veut pas connaître. Une autre femme parle et raconte à qui veut l'entendre la tentative de viol qu'elle aurait subi quelques années plus tôt de la part du même homme. DSK est présenté comme un prédateur sexuel. Le procureur avance d'autres victimes. Puis DSK, après avoir nié les faits, changerait de défense, selon les médias bien informés par les services de police américain et le procureur de New York, et prétendrait que la jeune femme était consentante.

La jeune femme. D'elle, on ne sait rien. Et surtout pas qu'elle est une potentielle victime. Si DSK a bel et bien fait tout ce dont elle l'accuse, c'est une horreur. Si elle a tout inventé, il y a forcément une raison, quelle qu'elle soit. De DSK, on connaît son penchant pour les femmes. C'est en tout cas ce que les hommes politiques français avancent. Un penchant. Parfois appuyé. De ce que j'ai lu et entendu ici et là de ses amis ou ennemis politiques, c'est qu'ils en parlent avec une sorte de bienveillance dans le regard. Un peu comme si la séduction de DSK était un jeu, du genre "ah sacré Dodo, jusqu'où va-t-il aller pour la mettre dans son lit?" sans bien sûr aucun respect pour sa femme officielle et met celle à séduire au rang d'objet, de butin, de challenge. D'un point de vue féminin qui n'engage que moi, d'après les dires des uns et des autres, Strauss-Khan, dans sa manière de séduire, a plutôt tout du boulet insistant que l'on peut rencontrer aux alentours de 3h du mat au Truskel ou dans n'importe quelle boîte de nuit. Le genre à qui dire une seule fois "non, c'est gentil, mais je préfère me payer mon verre moi-même" ou "non, je suis flattée mais je ne suis pas intéressée" ne suffit pas et même après un "bon, maintenant, j'ai été sympa, mais là, tu me saoules vraiment donc dégage, je ne veux pas de toi", le mec revient à la charge. En France, en tant que fille, on a l'habitude de ce genre de mecs. Je ne connais pas une fille qui n'a pas eu à faire face à ce genre de boulet. Et voire de finalement donner un peu afin d'avoir la paix. Aux Etats-Unis, c'est du harcèlement. En France, c'est un comportement de boulet.

Et finalement, cet écoeurement que je ressens plusieurs jours après l'arrestation de DSK ne le concerne pas lui, mais plutôt l'état d'esprit qui règne en France concernant les rapports homme/femme. Je ne prétends pas qu'ailleurs tout est formidable. Aux Etats-Unis, les hommes hésitent à prendre un ascenseur seul avec une femme pour éviter d'être poursuivi pour harcèlement ce qui est d'une absurdité sans nom. N'y a-t-il pas un juste milieu? Le viol est pénalement répréhensible en France. Mais où commence le viol? Aux US, si la fille dit oui au début puis non et que le garçon ne tient pas compte de ce non, il s'agit d'un viol. Pourquoi ai-je le sentiment qu'en France la fille passera pour une allumeuse ou une fille qui ne sait pas ce qu'elle veut puis après tout elle a dit oui donc en voiture Simone...

Cela fait un mois que je vis à Londres. Cela fait un mois que je ne me suis pas fait traiter de salope/pute/connasse/vas-y-suce-moi/va-te-faire-enculer/de-toute-façon-t-es-moche par des mecs à qui je refusais de donner une clope et ça ne me manque pas. Ici, les filles en jupe-ceinture côtoient les femmes en burqa et, même si les unes n'en pensent pas moins des autres, chacun laisse l'autre libre de ses choix.

L'écoeurement renvoie à la place réservée à la femme en France. Car même s'il existe des élues, elles n'ont pas beaucoup eu droit à la parole dans les médias français concernant cette histoire. J'aurais aimé entendre Elizabeth Badinter par exemple. On a eu son mari. Où est Simone Veil? Et au PS? Il n'y a plus de femmes? Pourquoi ne sont-elles pas invitées à parler de DSK? Etre une femme rendrait-il partial pour parler d'une accusation de viol contrairement à un homme qui lui "sait"?

On a beaucoup entendu ses amis, les hommes politiques en général, même les philsophes pour qui DSK est un homme à qui on reproche uniquement son amour des femmes. Et c'est peut-être vrai. On parle de talon d'achille. On dit même du bout des lèvres que ce qu'il a fait, en France, n'aurait pas forcément été condamné, car c'est un peu dans les moeurs quand même, tandis qu'aux Etats-Unis, regarder une femme dans les yeux avec insistance on peut passer par la case prison. Limite on tenterait de faire passer les américains pour fous, trop puritains. Puritains, ils se sont. Mais les accusations portées par cette jeune femme sont assez loin d'un simple effleurement de peau, d'un regard déplacé ou même d'une main aux fesses (et je déteste ce genre de geste qui amène invariablement ma main dans la gueule mais pas un procès comme il serait d'usage aux USA). Cette jeune femme parle de tentative de viol anal (en gros, il aurait tenté de la sodomiser pour ceux qui n'auraient pas compris), il l'aurait forcé à faire une fellation, puis enfermée dans une pièce, soutien gorge arraché... La violence de ces accusations, personne n'en parle vraiment. Les hommes se contentent, au final, "on n'a pas les mêmes moeurs ni définitions ici qu'aux Etats-Unis". Je ne savais pas que, finalement, en France, quand un homme veut dire bonjour à une femme, il tente d'abord de la sodomiser. Depuis quand ça a remplacer la bise? Et pourquoi, POURQUOI, la parole est-elle toujours et encore une fois donnée aux hommes? Et, enfin, pourquoi les femmes politiques françaises acceptent tout cela et se taisent? Panafieu demande à ce qu'on ferme notre gueule tant que les preuves ne sont pas établies. Elle a raison sur l'affaire, mais pas sur la place de la femme dans la société. Il FAUT en parler.

Que DSK soit coupable ou non, la justice le dira (ou pas). Cette note n'est ni là pour le défendre, ni là pour l'accuser sans preuve. Cette affaire devrait surtout nous alerter sur la façon dont les femmes sont encore aujourd'hui considérées dans notre pays, à travers les propos des uns et des autres pour justifier une attitude de boulet envers les femmes. "Impossible qu'il ait forcée, il est juste parfois un peu trop insistant" voilà ce qu'on lit et entend. Les mecs, putain, vous savez ce que c'est que d'avoir un mec "un peu trop insistant" en soirée? Alors peut-être que pour un homme, une femme qui se jette à ses pieds limite en l'implorant d'avoir un rapport avec elle relève du fantasme, mais les quelques amis que je connais et à qui c'est arrivé ont plutôt pris leurs jambes à leurs cous et ça leur a fait tout drôle "d'être à la place d'une femme, je ne savais pas que ça faisait ça, je vous plains" dixit les intéressés.

Je ne veux pas croire que DSK soit coupable. S'il pouvait s'agir d'un complot, si elle pouvait avoir tout inventé pour une raison ou autre, je serais ravie, soulagée, heureuse, car je croyais en lui pour la présidentielle, je voulais voter pour lui, il représentait mon espoir et je tombe de haut (patatras). Mais si, en France, on pouvait arrêter de considérer comme normal une attitude de boulet et trouver cela tout à fait normal d'insister après un ou plusieurs refus, car cela relève du jeu de séduction soi-disant, ce serait encore mieux.

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