Vendredi 7 mars 2008

C'est arrivé. Un coup de grâce après plusieurs mois de flottement. Une sorte de long cauchemar flou qui prend enfin forme. Pourtant, je n'étais vraiment pas pressée de voir ça en couleurs. C'était pas si mal quand tout était encore tout flou, que les contours n'avaient pas encore leurs formes réelles et concrètes. Je savais que ça allait arriver, mais tant que je pouvais garder l'écran de fumée devant mes yeux, ça me convenait parfaitement. Quand on ne voit pas, quand on ne sait pas, on vit les choses très bien. Enfin à peu près. C'est comme lorsque j'oublie de mettre mes lunettes de vue. D'un coup, le monde paraît formidable. Je ne vois plus ni les moches, ni ceux qui font la gueule, ni ceux qui sont moches font la gueule et matent mon cul. Certes, parfois, je me prends un poteau ou je rate un trottoir, mais rien de bien grave comparé au fait que beaucoup de choses ne m'atteignent plus parce que je ne les vois plus. Hier, j'ai été contrainte et forcée de remettre mes lunettes sur le bout de mon nez et subir sans rien dire ce que je voyais et entendais.
Depuis quelques mois, je cherche plus ou moins à quitter le lieu où je passe 8 heures par jour pour trouver un autre nid où buller 8 heures par jour, allant de facebook en myspace. Chercher comme-ci comme-ça, sans vraiment me presser parce qu'après tout, j'ai le temps, le brouillard est là et n'est pas prêt de se lever. Il n'y a aucun avis de tempête. Ca ne risque pas de se lever maintenant. Impossible.
C'était sans compter la grande rafale qui s'est abattue hier. L'assistante est devenue rédac chef adjointe. Si si. C'est possible. Comme Sarko l'a dit, tout devient possible. Et même les pros du vernis peuvent, du jour au lendemain, décider de ce qui va se trouver dans le chemin de fer, corriger mes articles, commenter à voix haute et rire de ma prose dans l'openspace et m'envoyer sur telle ou telle interview (après m'avoir demandé les coordonnées de l'attaché de presse parce qu'elle ne les a pas. Concept). Et puis, alors que je suis en face, assise à mon bureau, on dit "elle". J'ai toujours aimé ça. Notre stagiaire a de nouveau été envoyée sur une interview que j'étais sensée faire. Ceci dit, ça me fait du travail en moins et c'est tant mieux pour la stagiaire qui, pour une fois, fera autre chose que les envois de courriers comme ses prédécesseurs. Donc, comment est-ce possible que l'assistante, qui passe sa journée à se limer, poncer, nourrir, vernir les ongles puis, pendant son temps libre, aller au tennis et, quand il lui reste encore un peu de temps, donner la liste de courses à son mec, donc comment est-ce possible qu'elle devienne rédac chef adjointe? Simple. On a changé son statut, donné une carte de presse et monte là-dessus tu verras Saint Pierre.
Moi, je ne suis montée sur rien du tout, du coup j'ai pas vu Saint Pierre. Mais ça serait quand même bien si de là où je suis, Sainte Rita pouvait pointer le bout d'un orteille, parce que je désespère. Seulement Sainte Rita ne vient pas. Force est de constater que j'ai accéléré le nombre de coups de fil "Bonjour, c'est Live! Ca va? Moi ce que je deviens? Et bien justement, je cherche à évoluer professionnellement blablablabla (oui ma mère a dit "on ne dit pas "je veux me casser de là fissa c'est tous des enculés de batards de leurs mères les putes" mais "je cherche à évoluer professionnellement c'est pour cela que je me permets de faire appel à toi qui dirige un journal digne de ce nom qui me permettrait d'approfondir mes connaissances et auquel je peux apporter mon savoir-faire" c'est plus long à dire mais bon...)" Et la réponse varie souvent dans sa forme mais pas du tout dans le fond. IL N'Y A RIEN NULLE PART. NADA. RIEN. TAMERELAPUTESARACE. Pourtant, il faut que je parte d'ici. Mais vraiment. Et rapidement. C'est amusant de régresser en retournant à l'école pour se faire corriger à voix haute et au stylo rouge sa copie, mais moi, à l'école, on m'envoyait plus souvent au coin (à cause de mon comportement qui, dixit la maîtresse, perturbait l'ensemble de la classe) et je n'avais que très rarement des bons points et je n'ai jamais réussi à acquérir 10 bons points qui m'auraient, de fait, donné droit à une image. En même temps, les images, je ne les trouvais pas belles. Donc je m'en foutais. 
L'idéal serait de me faire virer. Alors j'ai pensé faire une faute grave, genre insulter tout le monde (facile), jeter un ordinateur par la fenêtre (en mode Liam qui balance les chambres d'hôtel) ou bien faire comme dans la pub pour le Loto, déguisée en poussin, et foutant le bordel dans le bureau du grand manitou. Sauf que ma mère (oui, encore elle) m'a dit qu'on ne touche pas les assedic lorsqu'on est viré pour faute grave. Et comme je n'ai pas, à l'instar du poussin, gagné à euromillion, je ne peux pas me permettre de partir sans rien. Alors j'attends. Le cul à moitié dans le passage (ouais, c'est la place qu'on m'a attribuée, juste derrière l'imprimante. Remarquez, c'est mieux qu'il y a 6 mois. J'avais le frigo dans le dos et on pensait que j'étais dame pipi). Et j'attends quoi? Sainte Rita.

par live forever publié dans : Live forever
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Commentaires

Demande un rendez-vous en RH et tu négocies genre : Vous voulez plus de moi , moi je ne peux plus rester ici... Tu démissiones pas et ils te licencient .... Sinon tu te mets en maladie pour depression, tu laisses courir un moment et tu négocies une seconde fois !

commentaire n° : 1 posté par : Nina Supernova le: 07/03/2008 19:28:22
j'ai déjà tenté. on m'a dit que j'étais "un élément indispensable au bon fonctionnement du journal". samère. marre d'être un élément.
commentaire n° : 2 posté par : live forever (site web) le: 07/03/2008 19:30:48
Ils t'on augmentée au moins ?
commentaire n° : 3 posté par : Aity le: 11/03/2008 20:43:24
c'est ça le pire. j'ai été augmentée. je gagne plus que ma nouvelle supérieure hiérarchique. le monde marche sur la tête.
commentaire n° : 4 posté par : live forever (site web) le: 11/03/2008 22:01:41
si, on touche les assédics quand on est licencié pour faute grave, et on dégage sans préavis à effectuer mais en abandonnant ses indemnités.
c'est quand on est viré pour faute lourde qu'on ne les touche pas, mais pour ça faut au moins avoir piqué dans la caisse ou avoir agressé quelqu'un physiquement.
un abandon de poste, par exemple, justifie un licenciement pour faute grave, il suffit de ne plus y aller et de ne pas appeler pour justifier l'absence.
bon, après, c'est peut-être pas la bonne solution si on veut garder bonne presse, mais si on veut juste partir très vite c'est possible.

commentaire n° : 5 posté par : pam choo (site web) le: 14/03/2008 10:48:16
ouh la la, ça a écrit gros dis donc !
(désolée)
commentaire n° : 6 posté par : pam choo (site web) le: 14/03/2008 10:48:52
t'es sûre de toi?
commentaire n° : 7 posté par : live forever (site web) le: 14/03/2008 14:04:32

Le licenciement pour faute grave ou lourde, c'est jamais bon.
Je reste à mon idée de dépréssion, c'est malheureux mais 
c'est la maladie professionnelle la plus fréquente donc la plus plausible,surtout dans un secteur qui connait la crise.

commentaire n° : 8 posté par : Nina Supernova le: 14/03/2008 14:35:51
oui, je suis sure de moi parce que je l'ai fait, abandonner mon poste sans prévenir pour qu'on me vire, ce qui a marché, et donc je suis partie sans idemnités mais tout de suite et j'ai touché les assédics dans la foulée.
appelle les assédics directement ils te confirmeront.
le CIRA aussi tu peux appeler, c'est anonyme.
la dépression c'est bien, sauf qu'on n'a pas le droit d'arrêter un taf en étant en maladie, donc s'ils te virent en fin de compte, t'es quand même obligée d'y revenir ne serait ce que trois jours, et parfois ça parait impossible, de revenir.
et je ne sais pas si c'est mieux qu'une faute, pas grand monde n'a envie d'engager un grand dépressif dans sa boite.
le truc de la faute grave quant à lui (mais je suppose que la dépression aussi) reste dans les tiroirs des assédics et n'en ressort pas.
et si on t'en parle après, ailleurs, tu peux toujours dire que l'ambiance était tellement pourrie que vous avez passé cet accord là pour que ça aille vite, quand t'as tirée au flan en étant malade c'est plus difficile à faire passer.
commentaire n° : 9 posté par : pam choo (site web) le: 15/03/2008 11:41:41
plus je réfléchis et plus je me dis que je ne suis pas assez forte pour travailler dans ce monde-là. c'est ça qui est terrible, parce que je me demande bien ce que je vais pouvoir faire.
commentaire n° : 10 posté par : live forever (site web) le: 15/03/2008 17:41:42
Ca pourrait être pire, tu pourrais ETRE Ste Rita - c'est qu'elle est putain de débordée ces temps-ci
commentaire n° : 11 posté par : boultan (site web) le: 15/03/2008 19:43:13
je voulais te dire que le licenciement, etc. pareil que pam choo, en fait.
et concernant la maladie, j'suis pareil d'accord avec elle.
et quand t'es aux assedic, il me semble que tu peux bénéficier de trucs genre bilan de compétences pour éventuellement trouver dans un autre secteur.


j'aurais bien ajouté l'histoire de la nana qui n'est pas retournée au boulot, mais que sa boite n'a pas voulu licencier, ça a duré pendant plus d'un an, elle avait un salaire, diminué je crois, mais pas de licenciement, elle ne voulait pas démissionner, pour toucher les assédics, elle aurait pu trouver un boulot pendant ce temps, mais en fait, le bras de fer avec la boite qui ne voulait pas la licencier lui a pourri la vie, elle a fait une dépression, elle a trouvé un avocat qui voulait lui monter un procès pour harcèlement moral, bref, ça commençait à sentir pas bon du tout... surtout pour sa vie à elle.
commentaire n° : 12 posté par : peekaboo (site web) le: 01/04/2008 12:24:46

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