C'est la dernière fois que nous arrivons à Waterloo. C'est très étrange d'avoir un léger pincement au coeur parce que dorénavant on arrivera à St Pancras. Ce n'est qu'un changement mineur et
pourtant. Partout des panneaux remerciant les voyageurs d'avoir emprunté ces couloirs et ces allées. Goodbye Waterloo sonne triste malgré la volonté affichée d'avoir l'air joyeux de ce changement.
Pas le temps de s'apesentir pour le moment. Quatre jours à Londres pour assister à la reformation de The Verve deux soirs consécutifs. Richard Ashcroft m'avait laissée plus qu'une bonne impression
sur scène lorsque je l'avais vu dans cette même ville il y a presque un an. Il devrait en être de même cette fois.
Après avoir gentiment zoné au Notting Hill Arts Club le mercredi soir, ma collègue de grand n'importe quoi albionesque et moi-même étions fin prête pour voir The Verve le jeudi. Un détour au Queen
avant le concert, un pub de Primrose Hill, non loin du Roundhouse, et qui servent les meilleurs burgers du monde. L'ambiance est chaleureuse. Avis de tempête dehors alors que nous buvons
tranquillement nos pintes. La télé ne marche plus et les locaux tentent de la réparer afin de voir le match du jour. Pas de bol, à part Midsomer murder (Inspecteur Barnaby en France), l'antenne ne
capte plus rien. Les feuilles volent dehors. On se croirait au milieu d'une tornade. Résignés, les clients s'installent devant l'Inspecteur Barnaby. Nous aussi. Puis ils tentent quand même de
réparer ça. Pour nous, il est temps d'y aller. Le Roundhouse est au bas de la rue. Une pluie fine nous accompagne. Places retirées et nous sommes à l'intérieur. Le groupe arrive sur scène et le
public hurle. Richard semble défoncé comme il se doit. Il va même jusqu'à interpréter leur nouveau titre, Sit and wonder, les paroles à la main. Ce passage ressemble plus à une répet en bonne et
due forme. Et ça l'est. Même si le bassiste est plus qu'à fond, c'est le deuxième soir que tout a explosé. En effet, jeudi sonnait comme un apéritif, comparé à ce qui nous attendait le
lendemain.
Vendredi, nous retournons au Queen pour, une nouvelle fois, goûter au meilleur burger du monde, mais nous arrivons trop tard. La cuisine est fermée. La barmaid nous conseille alors de redescendre
vers le métro. Là, nous dit-elle, se trouve un pub qui sert toute la journée. Nous entrons et commandons, buvons une première pinte en attendant le repas. Une fois l'assiette finie, il entre. Je
n'ai jamais pu dire son nom. Juste "oh putain". Suivi de "oh putain ces cheveux". Enchainé par "oh putain cette démarche". Conclu par "oh putain c'est lui". Idiote et blonde jusqu'à la pointe de
mes cheveux, j'étais retournée à mes bons vieux 14 ans, époque où je rougissais comme une pivoine et où je voulais me cacher six pieds sous terre lorsque j'entrais dans un lieu où je ne connaissais
personne (des lieux aussi effrayants qu'une boulangerie ou un bus). Alors j'ai plongé dans ma pinte. Un peu trop peut-être, puisque j'ai enchainé trop de Guinness pour ensuite être capable de
quelque chose. Chaque fois que j'allais commander au bar, comme lorsque j'avais 14 ans, c'était pour tenter de voir sans être vue. Raté. Il a tout capté. Et il nous a pas lâché du regard. Il a
du se demander pourquoi on ne venait pas. Et voilà comment passer pour une abrutie auprès de la personne qu'on adule depuis ses 14 ans. Ridicule, je sais. Surtout que, comme me l'ont confirmé
certains "c'est con, c'est un bon gars". Il ne nous aurait donc pas mangé. En revanche, pour sympathiser avec tous les buddies qui nous entouraient et nous proposaient des pintes à ne plus savoir
qu'en faire, il n'y a eu aucun problème. Allez comprendre...
Roundhouse acte II. Nous voici de nouveau dans cette salle. L'impression que tout le pub est là. Sauf Lui, bien sûr, qui ne va certainement pas se mélanger à la fosse. Un de nos nouveaux meilleurs
potes de pub est contre la barrière et nous dit de nous installer là. On ne se fait pas prier.
Cette fois, l'entrée du groupe est franche et volontaire. Beaucoup plus que la veille. Richard, vêtu d'une veste en cuir noire, arrive devant son public les bras en l'air. Nick McCab, le
guitariste, a l'air toujours aussi placide que la veille. Quant à Jones, le bassiste, il est toujours aussi taré (je veux le nom de sa drogue, ça a l'air d'être un truc de fou). Le batteur, comme
dans tous les groupes, n'est pas spécialement visible derrière son instrument. Le gig commence par A new decade. Le public est passablement hystérique. Nous abandonnons notre buddy de pub pour nous
rapprocher encore plus du centre de la scène. This is music fait monter la folie un cran au-dessus. Les vigiles ont l'air plutôt hilares de nous voir aussi survoltés. Gravity Grave et Weeping
Willow donnent encore plus d'énergie. Jones est maintenant devenu complètement fou. Il saute partout, chante, joue avec le public, fait n'importe quoi. Richard continue de maîtriser sa voix
comme toujours. Il peut vraiment en faire ce qu'il veut, peu importe l'état dans lequel il se trouve. Sa voix fait passer un nombre incroyable d'émotions tortueuses et intenses. Life is an ocean et
Sonnet ne font que le confirmer. Sit and wonder, leur nouveau titre sonne bien. Et cette fois, pas question d'avoir les paroles en main. Ovation. Le bassiste semble complètement péter un câble. Il
est encore plus hystérique que nous. Quant à Richard, il est dans son trip. Chacune de ses interprétations semble lui arracher quelque chose au plus profond de lui et il nous l'offre. Jouissance.
Already there, Man called sun, Stormy cloud, The rolling people suivent. Un des vigiles, toujours hilares d'être là, se prend une pinte en pleine tête. Il rigole de plus belle. Je ne sais pas ce
qu'il a pris lui aussi, mais ça a l'air fun. The drugs don't work. Monumental. Jones n'est plus du tout sautillant. Il est concentré. Richard est totalement dans son titre. Intense. A peine remis,
les violons arrivent. Richard se recule et regarde le ciel. Bittersweet symphony leur colle tellement à la peau qu'Ashcroft semble complètement noyé par l'ampleur de ce succès. Il avance pas à pas,
comme s'il avait peur de s'emparer de nouveau de ce succès, ferme les yeux et chante. Il se réapproprie sa chanson. Elle ne l'écrase plus. Il la porte. Absolument pas épuisé, il enchaîne avec
Northern soul. "And now History". Tout simplement grandiose. Lucky man continue à nous porter encore plus loin. Le gig s'achève avec Come on. Jones est de nouveau complètement tout fou.
Ashcroft semble apaisé. Il peut être fier. C'est l'un des meilleurs concerts que j'ai vu. A croire que c'est lorsque l'on n'a plus rien à perdre que la magie opère.
Tchumtchumtchubah