Samedi 22 septembre 2007
Je crois que j'ai oublié comment ça marche.  Ou alors je n'ai jamais su.  Se tourner autour, le chaud/froid, faire connaissance, étudier, peser le pour et le contre, avoir de la patience, jouer au chat et à la souris, être la souris qui se fait bouffer le cerveau et non le chat qui joue de façon sadique et amusante avec son jouet, s'intéresser à l'esprit avant d'étudier le corps. Ca fait tellement longtemps que ça ne m'est pas arrivé que j'avais fini par croire que ça n'existait que dans les films mais que dans la vraie vie ça ne marchait pas comme ça. C'est vrai, ça fait un bail que je n'ai pas eu de relation sérieuse. Non pas parce que ça ne m'intéressait pas. Tout simplement parce que personne ne m'en donnait envie. L'appétit vient certes en mangeant, mais comme je bois plus que je ne mange, ça n'aide pas à tout ce truc de chat/souris.
Je n'aurais jamais dû aller à la fête de l'huma. Déjà, je ne serais pas une clandé sans papier ni carte de crédit. Ensuite, je ne l'aurais pas rencontré Lui. Du coup, je n'aurais pas à courir d'administration en administration et mon cerveau serait en paix. Mon ventre ne se prendrait pas pour un roller-coaster, l'ulcère ne serait pas réapparu,  je ne sentirais pas une obstruction certaine dans ma gorge, je ne mettrais pas trois heures  pour trouver quel haut mettre, je ne regarderais pas ces chaussures à talons que je ne peux pas m'acheter pour cause de non moyen de paiement, je ne me trouverais pas conne comme une suédoise, ni moche , ni ridicule. Je ne me réveillerais pas en n'osant pas sortir ma tête de sous la couette pour cause de honte absolue suite aux événements de la veille, ma première phrase de la journée ne serait pas "je suis trop conne" et la deuxième "je veux me cacher". Je ne me jetterais pas sur mon téléphone à chaque fois qu'il sonne, je ne me réveillerais pas en pleine nuit pour regarder mon portable parce que j'ai cru l'entendre vibrer, je ne me demanderais pas pourquoi ni comment, je ne désespérerais pas en me regardant dans la glace ni en montant sur ma balance. Je ne ferais pas ces rêves étranges comme celui de cette nuit où j'ai rêvé que, pendant que je dormais, un cambrioleur entrait par effraction pour dépouiller ma cuisine en emportant jusqu'à la plaque à induction, le four et la machine à laver (et moi qui me demande comment il a pu descendre les 6 étages avec ma machine à laver le linge sur le dos et pourquoi ne pas avoir pris l'ordinateur) et laissant juste l'arrivée d'eau (si quelqu'un a Freud en ligne, qu'il lui demande la signification).
Le problème, c'est Lui, puis moi surtout, parce que je ne sais pas comment ça marche. J'ai perdu la notice et je ne l'avais pas enregistrée. Aucune sauvegarde dans mon cerveau. Aucun pomme F pour m'aider à remettre la main dessus. Ses amis m'ont dit que j'étais la première fille qu'il embrassait depuis trois ans. Puis ils ont dit qu'il était compliqué. Et voilà. Le mot est lancé. Compliqué. Puis qu'il est sensible, timide maladif, pas simple, meurtri, pas confiance. Limite on dirait moi en pire.  Et le pire du pire, c'est que je fonce tête baissée. Tout droit. La ligne droite vers le mur. Je devrais freiner. Impossible. Les freins ont laché. Je suis en roue libre. Et Live foreve en roue libre, ça donne le grand n'importe quoi. Hier soir par exemple, je suis tombée. J'ai glissé comme une merde sur une flaque de bière dans le pub. Je n'étais même pas torchée. Je n'ai pas assez d'argent pour ça. Sauf que je venais de finir ma première pinte de la soirée, celle qui a duré tout le match de rugby et le début de 3e mi-temps et que, du coup, tout le monde a pensé que j'étais ivre. Et évidamment, il a fallu que je tombe au bon endroit. C'est-à-dire pile devant lui. Non pas quand il tournait le dos, ni quand il allait au chiottes, ni quand il ne regardait pas. Non, non. Pile quand il me regardait, que moi, bien sûr, je regardais mes pieds. En plus, je l'ai vue cette putain de flaque et pile au moment où je me suis dit "attention, flaque droit devant, reste digne, ne te vautre pas", ben j'étais déjà par terre, honteuse. Alors lui, forcément, il s'est marré. Et moi, forcément, je me suis vexée. Et je l'ai insulté. "Au lieu de te marrer comme un con, tu pourrais m'aider. Mais nan, faut que tu te foutes de ma gueule comme un con. Ben c'est ça, rigole. J'espère que je te fais passer une bonne soirée". Je me suis relevée sans aucune dignité, lui me disant "ben nan mais t'es tombée, c'était drôle". Et moi "et ben nan, c'est pas drôle". Puis je suis partie au fin fond du pub et j'ai pleuré. Ah ben oui. Pleuré, la tête dans la table. Et même pas torchée. Du coup, on m'a offert à boire. Vodka. Puis j'ai été torchée. Alors tout a basculé. Je lui ai de nouveau mal parlé. Et je suis partie. Direction maison. A me taper la tête contre les murs de Paris.
Pourtant, ça n'avait pas si mal commencé. J'avais pris mon courage à deux mains pour aller lui parler. Entre deux bégaiements, j'ai réussi à lui dire "ça te dit qu'on se voit? on ne se connait pas et j'aimerai que tu me donnes une chance de me connaître" (oui, pas très français tout ça, mais le stress et puis il a compris le sens). Et il a dit oui. Et il m'a dit qu'on se voyait mercredi, juste après mon boulot. J'ai dit d'accord, puis j'allais pour partir. Il a dit "ben on s'appelle". Moi j'ai répondu bêtement "Ben pourquoi? On se voit mercredi ". Et lui, le bon sens "certes, mais il va falloir qu'on s'appelle pour se donner un lieu de rendez-vous même si j'ai déjà ma petite idée". Ah ben oui, pas bête. Pas bête comme moi. La honte devait se lire sur mon front. Là, il me parle d'un bar je sais pas où dans Paris, que c'est un peu son QG. Je n'écoute déjà plus. Je tachycarde. Crise d'angoisse. Alors je pars retrouver mes autres amis. Eux me disent que je devrais rester avec. Et c'est donc là que je suis tombée et que tout s'est enchaîné de façon catastrophique, l'apogée étant les insultes. En fait, je n'avais aucune envie de l'insulter. Ce n'était que la conséquence de mon côté Pierre Richard, de plus en plus visible au fil des ans. Je ne lui veux que du bien. Je ne veux pas lui faire de mal. Je ne voulais pas l'insulter. Mais c'est trop tard. Je suis partie d'un côté, énervée contre moi. A sa place je n'aurais pas envie de me revoir. Moi-même je ne veux pas me voir alors... Peut-être appelera-t-il quand même pour qu'on se voit mercredi. Mais je ne pense pas. Live forever ou comment faire fuir un mec en une leçon.


par live forever publié dans : Live forever
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