Trois jours loin de Paris et rien ou presque n'a changé. Enfin si. Les sondages donnent Sarko grand vainqueur de l'élection d'aujourd'hui. Tellement vainqueu qu'un podium est prévu place de la Concorde à Paris en vue du grand Sarko Show de ce soir. Johnny devrait chanter ainsi que Faudel. On attend du monde pour fêter la victoire, un "grand rassemblement populaire" qu'ils disent. Les chemises Ralph Lauren seront légion pour acclamer le nouveau président. Bien sûr, pour protéger cette France qui a raison, qui a tout compris et qui veut la rupture avec le passé, repsonsable de l'état actuel du pays, les forces de police dans la capitale ont été renforcées. Comme pour un soir de coupe du monde ou un jour de l'an ils ont dit. J'ai eu un peu peur en rentrant. Aurai-je raté l'élection? On est quel jour? Ai-je oublié d'aller voter? Angers est-elle une ville tellement coupée du monde qu'on m'a pas prévenue qu'il fallait que je rentre dare-dare au bureau de vote pour mettre mon bulletin dans l'urne?
En fait, non. L'élection n'a pas encore eue lieu. C'est bel et bien aujourd'hui qu'on vote, mais faut croire que quelqu'un a déjà choisi pour les français. Comme si c'était inévitable. Sarko est président. Voilà. Pourtant, les urnes n'ont pas encore été dépouillées pour la simple et bonne raison qu'elles n'ont pas encore été remplies. Alors je me suis dit qu'il y en aurait bien pour se dire que, puisque tout était déjà écrit, ça ne servirait à rien d'aller foutre un bulletin Ségo dans l'urne. Sarko est déjà in da place. Et bien non. Il faut aller voter. On a déjà fait mentir les statistiques qui prédisaient que jamais les français ne voudraient d'une femme à la tête d'une élection présidentielle. On a déjà fait mentir les sondages qui prédisaient un second tour Sarko/Bayrou. On a changé la donne en étant plus de 80% à se rendre aux urnes il y a 15 jours. On peut peut-être encore faire mentir et changer l'écriture de cette page de la France prédite par les énarques de droite qui ne veulent surtout pas que le peuple prenne en main son destin. Car ce qu'ils disent avec leurs sondages n'est rien de plus que "dormez tranquille on s'occupe de tout".
Cette nuit, je n'ai pas dormi tranquille. J'ai rêvé que j'étais prof et que Santini entrait dans ma salle de classe, une urne à la main. Il faisait le tour des tables en promettant à ceux qui voteraient Sarko le concert de leur choix. Nombreux étaient ceux qui se laissaient prendre au piège et, tout sourire, mettait le bulletin du petit homme nerveux dans la boîte. Moi, je m'insurgeais et appelait les flics, puis le Canard enchaîné. Personne ne voulait se déplacer. La réponse "ça ne sert à rien. Les jeux sont déjà faits depuis longtemps. C'est plié". En me réveillant, je confirme: rien n'est plié, rien n'est joué. Il faut aller voter. Et pas pour celui qui nous promet qu'en travaillant plus on gagnera plus et on arrivera au plein emploi. Tout d'abord, quel serait l'intérêt d'un patron d'embaucher quelqu'un s'il peut faire travailler ses employés deux fois plus avec exonérations d'impôts sur les heures sup? Comment peut-il prétendre éradiquer l'insécurité alors qu'après plusieurs années au Ministère de l'Intérieur les violences à la personne ont augmenté de 16%? Comment peut-on donner les pleins pouvoirs à quelqu'un qui prétend vouloir remettre la France au coeur de l'Europe tout en pointant du doigt l'Allemagne en disant "Nous au moins nous n'avons pas inventé la solution finale"? Enfin, comment peut-on vouloir de quelqu'un qui veut liquider l'esprit de mai 68?
La réponse à Sarkozy de «repentis fatigués de la chienlit», par Daniel COHN-BENDIT et Alain GEISMAR.
Nous sommes coupables...
Nous sommes coupables d'avoir fait souffler un vent de liberté et d'autonomie à la radio-télévision d'Etat d'alors ; ce que semble regretter Nicolas Sarkozy. Nous sommes coupables d'avoir rêvé d'autonomie et de démocratie dans les écoles, les universités et les usines. Coupables d'avoir désiré la justice et l'égalité au travail comme à la maison ; ce qui semble déranger Nicolas Sarkozy. Nous sommes coupables d'avoir taillé une croupière à l'autoritarisme gaulliste, marxiste, communiste, syndical et patronal.
Nous sommes coupables de cette réalité d'aujourd'hui où les femmes et les hommes décident en toute liberté de leur corps, où les jeunes décident librement de leur contraception et où les femmes ont le droit de choisir de laisser naître un enfant ou pas. Visiblement, cela ne plaît pas non plus à Nicolas Sarkozy.
Nous sommes coupables d'un tas de conneries comme «CRS-SS». Mais était-ce donc pire qu'un «Cohn-Bendit à Dachau !» entendu comme slogan à la grande manifestation gaulliste ? Nous sommes coupables du bêtisier révolutionnaire des «Vive Trotski !», «Vive Che Guevara !», «Vive Mao !», autrement dit, des «Vive la révolution autoritaire ou totalitaire», «libertaire ou plébéienne». Coupables, donc, d'avoir béatifié Marx ou Proudhon en ignorant Hannah Arendt et Albert Camus, mais aussi de n'avoir pas bien lu Jean-Paul Sartre.
Nous sommes génétiquement coupables d'un désir d'égalité, de solidarité et de liberté. Nous sommes génétiquement coupables de penser que le pouvoir n'est pas la propriété privée d'un homme ou d'une femme. Nous sommes génétiquement coupables de rêver d'une mondialisation écologiquement et socialement régulée. Nous sommes génétiquement coupables de croire que le kärcher ne résout rien et que la police ne peut pas tout.
C'est pour toutes ces raisons que nous décidons de créer un cercle des «enragés repentis fatigués de la chienlit» et que nous demandons à être rééduqués par le maître penseur de la révolution culturelle sarkozyste, André Glucksmann, en promettant de nous flageller publiquement et collectivement devant le siège de l'UMP. Et, puisque nous nous découvrons aujourd'hui responsables de la spéculation boursière et des parachutes dorés pour les grands patrons, nous convoquons, en vertu des droits à la propriété intellectuelle, une assemblée générale pour réclamer collectivement nos dividendes, qui financeront nos séances d'autocritique, de confession publique, de pénitence et d'humiliation. Nous voilà prêts à «passer aux aveux» au prochain congrès de l'UMP. Nous savons que, libérés de notre culpabilité, nous pourrons nous épanouir à l'ombre du pouvoir de Nicolas Sarkozy. Ensemble, et sans tous ceux qui dérangent. Sous les pavés de notre honte, la plage...
Ce soir, j'ai besoin de rêver. Je ne veux pas qu'arrive jusqu'à mes fenêtres le bruit sourd d'un concert de Johnny rythmé par le bruit des bottes des CRS.
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Need a little time to wake up! What's the story, morning glory! 





Tchumtchumtchubah