Après un long moment de réflexion, un tour chez différents vendeurs de vélos, une observation de la circulation à Paris, j'étais bien décidée à me mettre au vélo dans la capitale, au moins pour aller bosser et pas forcément pour rentrer du pub. Puis les bornes Vélib' sont sorties de terre un peu partout. Rien que chez moi, je dois en avoir au moins quatre à moins de deux minutes à pieds. Au taf, la borne la plus proche est à 10 minutes. C'est gérable. Au final, je ne compte pas m'acheter de vélo tout de suite et j'ai plutôt envie de prendre un abonnement. J'ai tourné autour des bornes, posé des questions, surfé sur le
site, repéré les stations... Hier, j'y étais presque. Je me suis arrêtée devant la borne rue Legendre et puis non, la trouille. J'avais la place Clichy à traverser. Pas moyen.
Ce soir, en sortant du bureau, je me suis dit que je ne pourrais pas laisser la peur m'empêcher de faire quelque chose. Alors, j'ai pris mon courage à deux mains et je me suis dirigée d'un pas décidé vers la borne Vélib' de la Porte Maillot. Ca commence mal. Plus un seul vélo. Je repère sur le plan où se situe la station Vélib' la plus proche. Elle est à un pâté de maisons. J'y vais. Cette fois, il y a des vélos et un type s'est lui aussi décidé et pianote pour choisir son ticket. Quelques badauds observent la manoeuvre, intrigués.
"Han. Ma CB passe pas! Ben vous pouvez y aller..."
"Ben je vais essayer..."
Un badaud s'avance.
"Vous savez comment ça marche?"
"Ben non c'est ma première fois"
"Ben moi aussi c'est ma première fois"
"Mais ils sont bien ces vélos?"
"On sait pas c'est notre première fois"
Bam. Ma CB ne passe pas non plus.
"Bon ben métro?"
"Ah non, moi je continue à pieds. Merci! Bonne journée!"
La borne suivante est elle aussi à un autre pâté de maison, toujours sur le boulevard Pereire. Plein de vélos. Ma CB marche. Tout va bien. "Veuillez retirer votre vélo". J'avais choisi le 17. J'arrive pas à le détacher. Je m'énerve, le vélo se bloque. Je dois recommencer la manoeuvre. Un type arrive et repose son vélo.
"Heu excusez moi... Comment on fait pour sortir son vélo?"
"Oh ben simple on tire dessus"
"Ah... Mais ça marche pas..."
"C'est lequel? Le 17? Attendez, je vais voir... Ah ben oui, forcément, y'a la béquille"
"Ah... Ben je vais en choisir un autre"
Je recommence encore l'opération et je choisis le 2. Yeah! Ca fonctionne. J'enfourche le vélo. C'est putain de lourd quand même. Tellement lourd que le vélo tremble un peu aux premiers coups de pédale. Rien à voir avec ma bécane de l'Ile d'Yeu qui, d'un coup, me paraît faire le poids d'une plume. Ayé, je maîtrise, je peux m'asseoir. Ah merde. La selle m'arrive au milieu du dos. Un géant m'a précédée. Faux départ donc. Je me cale sur le passage piétons et je descends la selle. Il suffit juste de soulever le loquet et monter ou descendre la selle. Simple. Pratique. Ah! Ca va mieux. La selle est à la bonne hauteur.
Me voilà donc boulevard Pereire, fière sur mon Vélib'. Sur mon passage, c'est toujours la même chose "Oh! Un Vélib'". Au rond point de la place Pereire, pas moyen, je mets pied à terre. Ca circule de partout, dans tous les sens et la station de taxi n'aide pas. Je fais le tour en poussant le vélo sur le trottoir et reprends le boulevard Pereire. Ptain, je le voyais pas si étroit lui. Voie à sens unique, on peut se garer des deux côtés. Pitié qu'on me double pas. Bon, c'est bien gentil d'espérer, mais à la première voiture qui me double, je ralentis, je serre les fesses, je prie pour qu'un connard n'ouvre pas sa portière sans regarder. Ouf, c'est passé. La voiture a même ralenti en me doublant et a gardé une bonne distance. Yeah! J'ai survécu. Quoique... C'est quoi ce bruit? Ah oui. Un camion. Quelle idée de prendre une si petite rue avec un camion. Ben il bosse hein donc faut qu'il passe puis il a pas le temps de faire attention. Fiiiiiiouuuuuu Ca me décoiffe, mais c'est bon, ça passe et toujours pas de portière inopportune en vue. A l'autre rond-point, je mets aussi pied à terre. C'est qu'ils sont fous un peu les gens en voiture.
"Oh un Vélib'! Excusez-moi mademoiselle, mais nous cherchons une borne Vélib', vous pourriez nous aider?"
"Vous en avez une boulevard Pereire, pas trop loin"
"Oh viens! On y va! Merci beaucoup hein! Au fait, c'est bien Vélib'?"
"Ma foi oui, je suis toujours en vie. Un peu lourd, mais c'est bien pratique"
"Tu vois, il faut qu'on le fasse! Merci encore!"
Et hop, je remonte en selle. Pont Cardinet. J'ai pas trop réfléchi et voilà que je circule sur ce truc que même en voiture je ne comprends pas d'où viennent les gens. En fait, non, c'est simple. A part les pavés, mais la selle est confortable. Il y a juste le sac qui se ballade un peu partout dans le panier. Tout va bien. Et voilà la borne de la rue Legendre. C'est déjà fini?
Ce que je retiens de ma première fois en Vélib' et de ma première fois en vélo dans Paris:
- Les Vélib' sont putain de lourd
- Les conducteurs de voitures ne sont pas tous des sauvages
- Ca drague sec à chaque borne de Vélib'. Des renards partout, c'est marrant.
- Les gens, piétons comme véhicules sont souriants à la vue d'un Vélib'
- Ca fait les muscles
- C'est super agréable de se déplacer comme ça
- Il faudrait un rétro. Quand j'ai du doubler l'abruti en double file, j'ai regardé derrière pour voir s'il n'y avait personne qui arrivait et en même temps, je priais pour que la voiture en double file soit vide afin que le conducteur n'ouvre pas sa portière sans regarder ni qu'un piéton ou un chien ou un enfant ne traverse à ce moment-là.
Donc, Bertrand, si tu me lis, merci pour le Vélib', paraît que tu peux pas les faire plus légers, mais s'il te plaît, un rétro, ça serait chouette!
Tchumtchumtchubah