Je ne suis pas d'humeur. Huit jours entiers dans les vapeurs étylliques, stoppés net par la reprise du travail, le tout ponctué mardi par un enterrement. Normalement, ils sont tristes. Celui-ci était joyeux et triste à la fois. Triste parce qu'on ne la verra plus. Joyeux parce qu'elle l'était. Paule était une amie de mon père. Elle bossait avec aussi. C'est elle qui a corrigé mes premiers articles, m'a appris à construire un texte, avec patience, ce qui n'était pas une mince affaire. La patience n'est pas mon fort. Elle m'a aussi appris à tirer les vers du nez aux interviewés sans jamais se fâcher, toujours avec le sourire. Elle était partie peu avant moi du journal. Pour se consacrer à l'écriture. Encore et toujours. Elle parlait d'amour, racontait l'amour et vivait l'amour. Son mari, elle l'avait rencontré en 68. Jamais quitté. Elle est partie le 14 février. Dernier clin d'oeil de sa part que personne n'a manqué de relever. Bizarrement, elle me manque sans me manquer. A la fin de la cérémonie, qu'elle avait choisi non religieuse, son dernier roman nous attendait, ainsi qu'un plan pour nous accompagner au buffet prévu pour l'occasion. Une bonne vivante comme elle ne pouvait pas nous voir partir la larme à l'oeil sans trinquer pour elle une énième fois.
Je n'ai pas pleuré quand ma mère m'avait appelée pour m'annoncer le truc. C'est limite si je ne lui ai pas répondu "ouais ouais, j'ai compris. bon, j'ai pas le temps de te parler là, on se voit plus tard". Puis j'ai raccroché et vaqué à mes occupations tellement passionnantes comme les rendez-vous au pub. Puis on commence à me dire que j'ai la mine fatiguée. Normal, je suis en vacances. Pas d'horaire, pas de repas (équilibré ou non), le grand n'importe quoi habituel réservé aux périodes de congés. Puis est arrivé mardi. Je n'avais pas envie d'y aller. Je suis arrivée en retard. Acte manqué a dit ma mère. Son mari semble complètement perdu. Il passe plusieurs fois devant moi en disant "mais où est caroline? où est sa mère?" Ben là. On est là sans y être à vrai dire. Puis il y a aussi toutes ces personnes que je n'avais pas vues depuis longtemps. Les quelques personnes du journal de mes débuts que j'appréciais ont fait le déplacement. Mines graves. Personne n'y croit. Tout le monde savait qu'elle était malade, mais quand ça arrive, ce n'est pas pareil.
Des larmes coulent ici et là. Je ne fais pas exception. Je me mors l'intérieur des joues. J'en saigne, tellement je ne veux pas pleurer. Ma mère va prendre la parole devant le cercueil. Elle me traîne par le bras car elle ne se sent pas de le faire si je ne suis pas à côté. Pourtant, je ne suis pas en état d'être d'un grand soutien. J'y vais. Elle fait son discours. Enfin, c'est fini.
Pendant tout ce temps, je voulais que ça soit fini, terminé, qu'on passe enfin à autre chose. Je n'arrêtais pas de me dire que ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Mais, même s'ils ne durent qu'un court instant, les mauvais moments semblent durer une éternité. Ils marquent et on repart avec. Même si je n'y pense plus vraiment, c'est toujours là, quelque part. Une petite douleur, qui vient s'ajouter à de petites autres.
Nous sommes allés comme convenu au buffet organisé par notre hôtesse disparue. Un verre et nous les avons laissé en famille. Son mari nous demande de rester, car nous faisons partie de la famille. un deuxième verre et nous partons pour de bon. Nous sommes allés, ma mère, un ami et moi, retrouver les gens du journal, dans un restaurant gastronomique, toujours autour d'une bonne boutanche. Je ne sais pas comment ça se passe ailleurs, mais avec les journalistes, tout se termine toujours autour d'un bon plat et de quelques bons verres. Version Asterix, sans le barde en fait. On se remémore les bons moments et on finit toujours par rire, les bons mots finissant toujours par prendre le dessus sur tout. La vie continue, et c'est tant mieux.

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Need a little time to wake up! What's the story, morning glory! 





Tchumtchumtchubah