Jeudi 15 novembre 2007
C'est la dernière fois que nous arrivons à Waterloo. C'est très étrange d'avoir un léger pincement au coeur parce que dorénavant on arrivera à St Pancras. Ce n'est qu'un changement mineur et pourtant. Partout des panneaux remerciant les voyageurs d'avoir emprunté ces couloirs et ces allées. Goodbye Waterloo sonne triste malgré la volonté affichée d'avoir l'air joyeux de ce changement. Pas le temps de s'apesentir pour le moment. Quatre jours à Londres pour assister à la reformation de The Verve deux soirs consécutifs. Richard Ashcroft m'avait laissée plus qu'une bonne impression sur scène lorsque je l'avais vu dans cette même ville il y a presque un an. Il devrait en être de même cette fois.
Après avoir gentiment zoné au Notting Hill Arts Club le mercredi soir, ma collègue de grand n'importe quoi albionesque et moi-même étions fin prête pour voir The Verve le jeudi. Un détour au Queen avant le concert, un pub de Primrose Hill, non loin du Roundhouse, et qui servent les meilleurs burgers du monde. L'ambiance est chaleureuse. Avis de tempête dehors alors que nous buvons tranquillement nos pintes. La télé ne marche plus et les locaux tentent de la réparer afin de voir le match du jour. Pas de bol, à part Midsomer murder (Inspecteur Barnaby en France), l'antenne ne capte plus rien. Les feuilles volent dehors. On se croirait au milieu d'une tornade. Résignés, les clients s'installent devant l'Inspecteur Barnaby. Nous aussi. Puis ils tentent quand même de réparer ça. Pour nous, il est temps d'y aller. Le Roundhouse est au bas de la rue. Une pluie fine nous accompagne. Places retirées et nous sommes à l'intérieur. Le groupe arrive sur scène et le public hurle. Richard semble défoncé comme il se doit. Il va même jusqu'à interpréter leur nouveau titre, Sit and wonder, les paroles à la main. Ce passage ressemble plus à une répet en bonne et due forme. Et ça l'est. Même si le bassiste est plus qu'à fond, c'est le deuxième soir que tout a explosé. En effet, jeudi sonnait comme un apéritif, comparé à ce qui nous attendait le lendemain.
Vendredi, nous retournons au Queen pour, une nouvelle fois, goûter au meilleur burger du monde, mais nous arrivons trop tard. La cuisine est fermée. La barmaid nous conseille alors de redescendre vers le métro. Là, nous dit-elle, se trouve un pub qui sert toute la journée. Nous entrons et commandons, buvons une première pinte en attendant le repas. Une fois l'assiette finie, il entre. Je n'ai jamais pu dire son nom. Juste "oh putain". Suivi de "oh putain ces cheveux". Enchainé par "oh putain cette démarche". Conclu par "oh putain c'est lui". Idiote et blonde jusqu'à la pointe de mes cheveux, j'étais retournée à mes bons vieux 14 ans, époque où je rougissais comme une pivoine et où je voulais me cacher six pieds sous terre lorsque j'entrais dans un lieu où je ne connaissais personne (des lieux aussi effrayants qu'une boulangerie ou un bus). Alors j'ai plongé dans ma pinte. Un peu trop peut-être, puisque j'ai enchainé trop de Guinness pour ensuite être capable de quelque chose. Chaque fois que j'allais commander au bar, comme lorsque j'avais 14 ans, c'était pour tenter de voir sans être vue. Raté. Il a tout capté. Et il nous a pas lâché du regard. Il a du se demander pourquoi on ne venait pas. Et voilà comment passer pour une abrutie auprès de la personne qu'on adule depuis ses 14 ans. Ridicule, je sais. Surtout que, comme me l'ont confirmé certains "c'est con, c'est un bon gars". Il ne nous aurait donc pas mangé. En revanche, pour sympathiser avec tous les buddies qui nous entouraient et nous proposaient des pintes à ne plus savoir qu'en faire, il n'y a eu aucun problème. Allez comprendre...
Roundhouse acte II. Nous voici de nouveau dans cette salle. L'impression que tout le pub est là. Sauf Lui, bien sûr, qui ne va certainement pas se mélanger à la fosse. Un de nos nouveaux meilleurs potes de pub est contre la barrière et nous dit de nous installer là. On ne se fait pas prier.
Cette fois, l'entrée du groupe est franche et volontaire. Beaucoup plus que la veille. Richard, vêtu d'une veste en cuir noire, arrive devant son public les bras en l'air. Nick McCab, le guitariste, a l'air toujours aussi placide que la veille. Quant à Jones, le bassiste, il est toujours aussi taré (je veux le nom de sa drogue, ça a l'air d'être un truc de fou). Le batteur, comme dans tous les groupes, n'est pas spécialement visible derrière son instrument. Le gig commence par A new decade. Le public est passablement hystérique. Nous abandonnons notre buddy de pub pour nous rapprocher encore plus du centre de la scène. This is music fait monter la folie un cran au-dessus. Les vigiles ont l'air plutôt hilares de nous voir aussi survoltés. Gravity Grave et Weeping Willow donnent encore plus d'énergie. Jones est maintenant devenu complètement fou. Il saute partout, chante, joue avec le public, fait n'importe quoi. Richard continue de maîtriser sa voix comme toujours. Il peut vraiment en faire ce qu'il veut, peu importe l'état dans lequel il se trouve. Sa voix fait passer un nombre incroyable d'émotions tortueuses et intenses. Life is an ocean et Sonnet ne font que le confirmer. Sit and wonder, leur nouveau titre sonne bien. Et cette fois, pas question d'avoir les paroles en main. Ovation. Le bassiste semble complètement péter un câble. Il est encore plus hystérique que nous. Quant à Richard, il est dans son trip. Chacune de ses interprétations semble lui arracher quelque chose au plus profond de lui et il nous l'offre. Jouissance. Already there, Man called sun, Stormy cloud, The rolling people suivent. Un des vigiles, toujours hilares d'être là, se prend une pinte en pleine tête. Il rigole de plus belle. Je ne sais pas ce qu'il a pris lui aussi, mais ça a l'air fun. The drugs don't work. Monumental. Jones n'est plus du tout sautillant. Il est concentré. Richard est totalement dans son titre. Intense. A peine remis, les violons arrivent. Richard se recule et regarde le ciel. Bittersweet symphony leur colle tellement à la peau qu'Ashcroft semble complètement noyé par l'ampleur de ce succès. Il avance pas à pas, comme s'il avait peur de s'emparer de nouveau de ce succès, ferme les yeux et chante. Il se réapproprie sa chanson. Elle ne l'écrase plus. Il la porte. Absolument pas épuisé, il enchaîne avec Northern soul. "And now History". Tout simplement grandiose. Lucky man continue à nous porter encore plus loin. Le gig s'achève avec Come on. Jones est de nouveau complètement tout fou. Ashcroft semble apaisé. Il peut être fier. C'est l'un des meilleurs concerts que j'ai vu. A croire que c'est lorsque l'on n'a plus rien à perdre que la magie opère.


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par live forever publié dans : Rock&roll star
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Samedi 3 novembre 2007
Les choses semblent plus ou moins s'arranger. Disons plutôt que ça avance dans une certaine direction. Je ne sais pas si c'est la bonne, mais peu importe, ça bouge. Il faut dire que j'ai tout fait pour. Appeler dans tous les sens, trépigner, m'énerver, pleurer d'incompréhension ou de colère ou les deux. Un semblant de vérité se dessine. Avec toutes les démarches entreprises, j'ai fait la connaissance d'un type bien. Non, je ne l'ai pas rencontré dans un bar et non ça n'a rien de sentimental. A force de demander à tous les services administratifs de m'aider à comprendre ce qu'il se passe et ce qu'il s'est passé, j'ai enfin trouvé quelqu'un qui veut bien me donner un coup de main pour trouver les pièces du puzzle manquantes. Il s'agit du big boss de la trésorerie de la petite bourgade où se situe la maison de mon père. Je ne le connais pas, je ne l'ai jamais vu et, je ne sais pas bien pourquoi, mais il a décidé de me prendre sous son aile et mon  dossier avec. La dernière fois que je l'ai eu au téléphone, ça m'a fait tout bizarre. Déjà, c'est lui qui m'a appelé. Et pas pour m'envoyer les huissiers. Pour m'aider. Après m'avoir expliqué toutes les nouvelles démarches  que je vais devoir entreprendre, il semblait un peu gêné au téléphone. A la fin de notre conversation, alors que j'allais raccrocher, il me dit qu'il a une dernière question. Il me demande si mon père n'était pas quelqu'un de connu. Je dis non. Parce que mon père n'était pas une star qui faisait la couv de Voici toutes les semaines. Puis je me souviens qu'il faisait pas mal de trucs pour la région. Il organisait des matchs de foot entre les différentes villes et, à chaque fois, faisait venir quelques artistes pour animer la soirée. Alors je me dis que c'est peut-être de ça dont il s'agit. Quand je lui raconte ça, il y a comme de la joie dans la voix du Trésorier. Et il se met à me parler de mon père, de toutes les choses biens qu'il a faites pour la région. C'est que dans le fin fond de la France, c'est pas tous les jours que des concerts sont organisés et qu'il y a une activité. Les louanges pleuvent.
Ca me fait toujours très bizarre que quelqu'un me parle de mon père. Qui plus est quelqu'un que je ne connais pas. A chaque fois, c'est comme si je découvrais une nouvelle facette de lui. C'est assez bouleversant aussi. Il est mort il y a 10 ans et puis pour moi, c'était mon père, pas le type qui est ami avec des vedettes. Les gens qui me parlent de lui sont tous très différents. Il y a bien sûr des personnes du métier, mais ceux qui m'en parlent avec de la chaleur dans la voix, ce sont les autres. Tous ces autres qui n'ont pas eu d'intérêt particulier à le fréquenter. Du pilier de bar au saisonnier agricole en passant par le trésorier, toutes les couches sociales sont là. Et tous m'en parlent de la même façon. Ca réchauffe à l'intérieur d'entendre tout ça. Et en même temps, ça pince. Parce qu'il est parti il y longtemps et que j'ai l'impression que mes souvenirs sont partis avec. Je ne pense pas souvent à lui. A lui en tant que personne. J'ai de plus en plus de mal à me souvenir de moments partagés. Pourtant il y en a eu, mais c'est comme si tout avait été effacé par ce que sa dernière femme a entrepris contre moi. Quand j'essaye d'y penser, j'ai quelques bribes de souvenirs qui s'en vont rapidement pour laisser place à la dernière image que j'ai de lui. Il était à l'hôpital, dans son lit, pesant entre 45 et 50 kilos. Ses yeux mangeaient tout son visage. On aurait dit un petit garçon avec un regard intense que je n'ai jamais retrouvé chez personne. Son corps ne le portait plus mais  à travers son regard passait toute la force de son intellect, comme s'il essayait de me dire des choses mais que le temps manquait. Puis sa dernière épouse ne quittait jamais la chambre et ne nous laissait pas parler ensemble. Cet échange de regard n'a duré que quelques secondes et j'ai eu l'impression que ça durait une éternité. Et aujourd'hui, c'est le souvenir principal que j'ai de lui. Ce n'est pas un souvenir joyeux. Il y avait de la souffrance et de la tristesse dans ses yeux. Comme s'il savait qu'on ne se reverrait plus. Et on ne s'est plus revu après ça. Je ne suis pas allée me recueillir sur son corps une fois mort, comme tous les autres ont fait. Je n'ai pas eu le droit. Enfin si.  Trois jours après son décès, sa dernière femme a bien voulu que j'y aille en ajoutant que ça ne serait pas beau à voir parce qu'un corps mort depuis trois jours, ça commence à se décomposer. Alors ma mère a dit que je ne devais pas y aller parce que je ne garderais plus que ce souvenir là de lui. Je l'ai écoutée et je crois que j'ai bien fait. Et puis ne pas l'avoir vu mort, c'est comme si ce n'était pas concret. Et ça ne le serait jamais.
Je suis allée deux fois sur sa tombe. La première, le jour de l'enterrement, et c'était une journée tellement surréaliste que je ne m'en souviens pas vraiment. La deuxième quelques années plus tard. J'avais du aller à la confrontation avec l'expert qui s'occupe de notre dossier au tribunal et sa dernière femme afin de mettre tout à plat. J'étais dans le coin alors j'y suis allée. Voir le nom de mon père sur une tombe m'a semblé totalement incongru. Et j'ai pleuré. Et je l'ai maudit de m'avoir laissé là, comme ça, avec les emmerdes et sans les dernières clés de ma construction personnelle. Aller sur sa tombe n'a pas du tout été un recueillement. Ca a été une prise de conscience. Il est mort. Et ça, ce n'est pas possible. J'ai conscience qu'il est mort mais je n'ai jamais pris l'ampleur de ce que ça voulait dire. J'ai pleuré quand ma mère m'a annoncé son décès. En fait, j'ai pleuré dès l'instant où elle est entrée dans la pièce. Elle était blème et j'ai compris. Pourtant je n'avais pas conscience qu'il allait mourir lorsque je l'ai vu la dernière fois. Il m'a dit qu'il allait guérir alors ça ne pouvait qu'être vrai. Dans un sens, c'est ce qu'il s'est passé puisqu'il ne souffre plus. Après m'être écroulée par terre ce jour-là en disant non, ce fut fini. Parce qu'on m'a dit qu'il ne fallait pas pleurer. Parce qu'il fallait rester digne, parce que si je m'effondrais ma mère s'effondrerait aussi. Alors je n'ai pas pleuré. Jusqu'à ce que je retourne sur sa tombe. Toute la souffrance est ressortie mêlée de rage et d'incompréhension. Mais ça fait trop mal de prendre conscience de la mort de son père. Alors je suis partie et plus jamais revenue.

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par live forever publié dans : Live forever
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Lundi 22 octobre 2007
Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
 


Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage


Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme


Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme



Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice


par live forever publié dans : Start a revolution from my bed
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Samedi 13 octobre 2007
J'aimerais ne pas avoir perdu mon innocence. Je préférerais rester des heures au téléphone avec mes amies afin de décrypter 3 lignes laissées sur un mail ou un portable. Je voudrais plutôt passer mes soirées à hurler Cigarettes&alcohol avec quelques anglais dans un pub. Au lieu de ça, j'appelle mon avocate, les impôts, le trésor public et j'hallucine. Hier a été un grand moment d'hallucination d'ailleurs. Depuis deux ans, sans raison aucune, je reçois la taxe foncière de la maison de mon père. Il est mort, on est trois et dans l'indivision, pourquoi moi? L'année dernière les impôts m'ont sorti que c'était la faute à pas de chance et les héritiers de la dernière femme de mon père ont payé la taxe. C'est assez horrible dit comme ça, mais comme la truie est morte en cours d'année, soit après le 1er janvier, c'est à elle de payer. Même morte. Donc ce sont ses héritiers qui ont réglé la note. Cette année, je la reçois encore alors qu'ils ont tout entre les mains (clés et jouissance des biens de mon père inclus) alors je leur transmets. A trois jours de la date limite de paiement, ils me font savoir par le biais de leur avocat qu'ils ne veulent pas payer. Au passage, ils me réclament également la pension alimentaire que mon père a versé à ma mère lorsque j'étais mineure puis d'autres trucs du même genre. Ecoeurant, mais passons. Le principal est de régler l'affaire avec les impôts.
Alors je les appelle. Ils savent pas quoi me répondre et me renvoient au cadastre. Là non plus on ne sait pas quoi me dire. Alors on me donne les coordonnées du Trésor Public d'Alassac, charmante bourgade à l'accent chantant. Pour la troisième fois, je réexplique mon histoire depuis le début. Assez exténuant comme principe. La personne à l'accent pas si chantant que ça me dit de ne pas quitter, qu'elle va demander à sa collègue quoi faire. Elle ne me met même pas en attente, elle doit juste décaler le combiné de quelques centimètres de sa bouche. "T'as entendu ma conversation?" qu'elle dit à sa collègue. "Oui oui" l'autre lui répond. "On s'en fout nan?" qu'elle réplique. Bon ben là, les larmes montent. Tout le monde s'en fout, tout le monde me laisse dans la merde, personne ne veut prendre mon histoire en compte, le monde s'écroule. Elle me reprend et commence à me dire que malheureusement on ne peut rien faire, c'est à mon nom et si j'ai pas payé dès lundi, y'a une saisie sur salaire qui peut courir. Sanglots, hoquets, tout ça vient tout seul tout à coup sans crier gare et voilà que pour la première fois de ma vie je crie "mais c'est moi qui ai perdu mon père à 18 ans bordel de merde!" Gros blanc à l'autre bout du fil. J'entends un mec un peu bourru qui demande à me parler. C'est le chef. Elle me le passe. Et je raconte une nouvelle fois mon histoire, dès fois que mes collègues de bureau n'ait pas tout suivi, car oui, je bosse en open-space, c'est tout de suite plus convivial, mais je n'avais pas le choix dans le timing.
Le monsieur m'écoute, parfois dit "mais c'est pas possible", un peu comme l'abbé Pierre, mais avec l'accent chantant. Il me dit qu'il regarde dans son ordinateur voir ce qui se passe parce que, en effet, si on est trois, ce n'est pas normal que les factures m'arrivent à moi car, lorsqu'il y a indivision, soit ils envoient à celui qui a la plus grosse part, soit ils envoient à l'aîné. Et moi, je ne suis ni l'un ni l'autre. Alors il fouine. J'entends le tac tac tac sur le clavier. Je me mouche un coup. "Ben c'est pas normal... Y'a que vous qui êtes déclarée chez nous... Vous avez eu une donation?" Ben non, loin de là et je lui réexplique que je n'ai rien, pas même une clé. "Nan mais attendez, c'est pas normal. Bon, lors de la déclaration de succession, le notaire vous a remis un acte immobilier. Envoyez-le nous." Heu c'est quoi ça un acte immobilier? "Ben si, vous savez, le papier qui justifie quelle part vous avez dans la maison". Heu ben non, on m'a rien donné. On m'a dit que de toute façon, mon avis comptait pas et que je sois d'accord ou non, tout le monde s'en foutait. "Ah mais nan, vous êtes propriétaire, vous devez avoir un acte de propriété. Donc vous appelez le notaire pour qu'il vous l'envoie et vous nous le transmettez". Là, je commence à perdre un peu pieds. "Vous êtes en train de me dire que je suis sensée avoir des documents que je n'ai pas parce qu'on a "ommis" de me les donner et tout ça c'est pas très légal, non?" Il confirme. "Mais il y a quelque chose qui me gêne mademoiselle, parce que ce n'est pas normal, si vous êtes trois, que vous soyez la seule à  apparaître chez nous aux impôts. Qui sont les deux autres?" Alors je donne les noms. Il recommence le tac tac tac. "Ben non, on ne les connaît pas. Ils ne sont pas dans nos fichiers. Y'a rien. Et ça m'embête pour vous, parce que tout le monde ne peut pas changer ou indiquer les noms des gens dans nos fichiers. Même moi, je n'en ai pas le pouvoir". "Vous seriez pas en train de me dire que y'a eu magouille?" "Ben faut croire, oui" . "Un truc du genre quelqu'un vous a donné mon nom de façon anonyme?" "Ben oui, voilà, un truc comme ça mais en pas clair du tout parce que ça n'a pu être fait que lors de la finalisation de la succession par un officiel". Et donc là, c'est pas le monde qui s'écroule c'est l'univers tout entier. Je me mets à parler avec l'accent du coup en disant que c'est dégueulasse ponctué d'un "ptain les enculés". Alors il me dit toutes les démarches à faire pour récupérer ce qui me revient et surtout régulariser la situation parce que, comme il dit, il est embêté pour moi mais aussi pour son fichier qui, du coup, est complètement faux et ça, c'est pas bien. Et résultat, il me laisse un mois supplémentaire pour régulariser le tout ainsi que sa ligne directe. J'ai donc appelé le notaire qui a commencé à faire dans son froc. Il a dit qu'il m'envoyait ça très rapidement.
Puis j'ai rappelé mon avocate. Ben ça lui a pas plu. Mais alors pas plu du tout. Elle me dit d'arrêter de pleurer qu'elle va s'occuper de leur cas. Un courrier est parti vendredi de son cabinet. Elle a du y mettre une menace de déposer plainte pour cette histoire d'impôts, puis pour toute la décennie qui vient de s'écouler et qu'ils vont raquer fissa sinon ça va chier mais grave.  Elle était vénère pour moi. Elle était même plus énervée que moi je dirai. Depuis, je suis aterrée. Et effondrée aussi. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Tout ça pour quelques milliers d'euros? Parce que mon père n'avait pas la fortune de Victor Newman ou Bill Gates (pour rester dans le réel). Tout le monde me dit que c'est pour la tune. Je ne comprends pas. Ou alors je ne veux pas comprendre. Parce que je veux garder un peu de mon innocence. Comme lorsque je m'enfermais dans ma chambre pour écouter Defintely Maybe et que je m'imaginais un futur idéal en chantant "in my mind my dreams are real now you're concerned about the way I feel". Garder un peu de cet espoir qui s'en va parce qu'on me le vole.

par live forever publié dans : Live forever
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Samedi 22 septembre 2007
Je crois que j'ai oublié comment ça marche.  Ou alors je n'ai jamais su.  Se tourner autour, le chaud/froid, faire connaissance, étudier, peser le pour et le contre, avoir de la patience, jouer au chat et à la souris, être la souris qui se fait bouffer le cerveau et non le chat qui joue de façon sadique et amusante avec son jouet, s'intéresser à l'esprit avant d'étudier le corps. Ca fait tellement longtemps que ça ne m'est pas arrivé que j'avais fini par croire que ça n'existait que dans les films mais que dans la vraie vie ça ne marchait pas comme ça. C'est vrai, ça fait un bail que je n'ai pas eu de relation sérieuse. Non pas parce que ça ne m'intéressait pas. Tout simplement parce que personne ne m'en donnait envie. L'appétit vient certes en mangeant, mais comme je bois plus que je ne mange, ça n'aide pas à tout ce truc de chat/souris.
Je n'aurais jamais dû aller à la fête de l'huma. Déjà, je ne serais pas une clandé sans papier ni carte de crédit. Ensuite, je ne l'aurais pas rencontré Lui. Du coup, je n'aurais pas à courir d'administration en administration et mon cerveau serait en paix. Mon ventre ne se prendrait pas pour un roller-coaster, l'ulcère ne serait pas réapparu,  je ne sentirais pas une obstruction certaine dans ma gorge, je ne mettrais pas trois heures  pour trouver quel haut mettre, je ne regarderais pas ces chaussures à talons que je ne peux pas m'acheter pour cause de non moyen de paiement, je ne me trouverais pas conne comme une suédoise, ni moche , ni ridicule. Je ne me réveillerais pas en n'osant pas sortir ma tête de sous la couette pour cause de honte absolue suite aux événements de la veille, ma première phrase de la journée ne serait pas "je suis trop conne" et la deuxième "je veux me cacher". Je ne me jetterais pas sur mon téléphone à chaque fois qu'il sonne, je ne me réveillerais pas en pleine nuit pour regarder mon portable parce que j'ai cru l'entendre vibrer, je ne me demanderais pas pourquoi ni comment, je ne désespérerais pas en me regardant dans la glace ni en montant sur ma balance. Je ne ferais pas ces rêves étranges comme celui de cette nuit où j'ai rêvé que, pendant que je dormais, un cambrioleur entrait par effraction pour dépouiller ma cuisine en emportant jusqu'à la plaque à induction, le four et la machine à laver (et moi qui me demande comment il a pu descendre les 6 étages avec ma machine à laver le linge sur le dos et pourquoi ne pas avoir pris l'ordinateur) et laissant juste l'arrivée d'eau (si quelqu'un a Freud en ligne, qu'il lui demande la signification).
Le problème, c'est Lui, puis moi surtout, parce que je ne sais pas comment ça marche. J'ai perdu la notice et je ne l'avais pas enregistrée. Aucune sauvegarde dans mon cerveau. Aucun pomme F pour m'aider à remettre la main dessus. Ses amis m'ont dit que j'étais la première fille qu'il embrassait depuis trois ans. Puis ils ont dit qu'il était compliqué. Et voilà. Le mot est lancé. Compliqué. Puis qu'il est sensible, timide maladif, pas simple, meurtri, pas confiance. Limite on dirait moi en pire.  Et le pire du pire, c'est que je fonce tête baissée. Tout droit. La ligne droite vers le mur. Je devrais freiner. Impossible. Les freins ont laché. Je suis en roue libre. Et Live foreve en roue libre, ça donne le grand n'importe quoi. Hier soir par exemple, je suis tombée. J'ai glissé comme une merde sur une flaque de bière dans le pub. Je n'étais même pas torchée. Je n'ai pas assez d'argent pour ça. Sauf que je venais de finir ma première pinte de la soirée, celle qui a duré tout le match de rugby et le début de 3e mi-temps et que, du coup, tout le monde a pensé que j'étais ivre. Et évidamment, il a fallu que je tombe au bon endroit. C'est-à-dire pile devant lui. Non pas quand il tournait le dos, ni quand il allait au chiottes, ni quand il ne regardait pas. Non, non. Pile quand il me regardait, que moi, bien sûr, je regardais mes pieds. En plus, je l'ai vue cette putain de flaque et pile au moment où je me suis dit "attention, flaque droit devant, reste digne, ne te vautre pas", ben j'étais déjà par terre, honteuse. Alors lui, forcément, il s'est marré. Et moi, forcément, je me suis vexée. Et je l'ai insulté. "Au lieu de te marrer comme un con, tu pourrais m'aider. Mais nan, faut que tu te foutes de ma gueule comme un con. Ben c'est ça, rigole. J'espère que je te fais passer une bonne soirée". Je me suis relevée sans aucune dignité, lui me disant "ben nan mais t'es tombée, c'était drôle". Et moi "et ben nan, c'est pas drôle". Puis je suis partie au fin fond du pub et j'ai pleuré. Ah ben oui. Pleuré, la tête dans la table. Et même pas torchée. Du coup, on m'a offert à boire. Vodka. Puis j'ai été torchée. Alors tout a basculé. Je lui ai de nouveau mal parlé. Et je suis partie. Direction maison. A me taper la tête contre les murs de Paris.
Pourtant, ça n'avait pas si mal commencé. J'avais pris mon courage à deux mains pour aller lui parler. Entre deux bégaiements, j'ai réussi à lui dire "ça te dit qu'on se voit? on ne se connait pas et j'aimerai que tu me donnes une chance de me connaître" (oui, pas très français tout ça, mais le stress et puis il a compris le sens). Et il a dit oui. Et il m'a dit qu'on se voyait mercredi, juste après mon boulot. J'ai dit d'accord, puis j'allais pour partir. Il a dit "ben on s'appelle". Moi j'ai répondu bêtement "Ben pourquoi? On se voit mercredi ". Et lui, le bon sens "certes, mais il va falloir qu'on s'appelle pour se donner un lieu de rendez-vous même si j'ai déjà ma petite idée". Ah ben oui, pas bête. Pas bête comme moi. La honte devait se lire sur mon front. Là, il me parle d'un bar je sais pas où dans Paris, que c'est un peu son QG. Je n'écoute déjà plus. Je tachycarde. Crise d'angoisse. Alors je pars retrouver mes autres amis. Eux me disent que je devrais rester avec. Et c'est donc là que je suis tombée et que tout s'est enchaîné de façon catastrophique, l'apogée étant les insultes. En fait, je n'avais aucune envie de l'insulter. Ce n'était que la conséquence de mon côté Pierre Richard, de plus en plus visible au fil des ans. Je ne lui veux que du bien. Je ne veux pas lui faire de mal. Je ne voulais pas l'insulter. Mais c'est trop tard. Je suis partie d'un côté, énervée contre moi. A sa place je n'aurais pas envie de me revoir. Moi-même je ne veux pas me voir alors... Peut-être appelera-t-il quand même pour qu'on se voit mercredi. Mais je ne pense pas. Live forever ou comment faire fuir un mec en une leçon.


par live forever publié dans : Live forever
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